Le soufisme
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f é v r i e r    2 0 0 5
Le soufisme





Première partie

Le soufisme.




Ramakrisna (1836-1886), un grand maître hindou disait : Il n'y a qu'un Dieu, mais ses noms sont innombrables et innombrables les aspects sous lesquels il peut être considéré. Nommez-Le de n'importe nom et adorez-Le sous l'aspect qui vous plaira le mieux, vous êtes certain d'arriver à Lui. Dans le même sens, Ibn Arabi (1165-1240), un grand soufis expliquait : Celui qui est fixé sur telle adoration particulière, (.) s'il connaissait le sens de la parole de Junayd : « La couleur de l'eau, c'est la couleur de son récipient », admettrait la validité de toute croyance et il reconnaîtrait Dieu en toute forme et tout objet de foi. Si nous pourrions apprendre de nos différences plutôt que de se noyer dans le jugement, nous avancerions plus vite. Lorsque j'entends un grand maître affirmer à travers le temps: Je suis la religion de l'amour, partout où se dirigent ses montures. L'amour est ma religion et ma foi, je ne peux que tendre l'oreille même ci ce dernier n'opère pas sous l'étendard du christianisme. Cette chronique constitue un regard sur une mystique loin, et près de nous à la fois : le soufisme. Je ne m'attarderai pas sur la forme mais plutôt sur fond. Conséquemment, sur leurs enseignements.

En réalité, je suis plutôt ignorant sur le sujet. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle je l'ai choisi. J'ai divisé cette chronique en deux parties. Dans la première, un pot-pourri de pensées et d'enseignements de grands soufis qui ont marqué ce courant. Afin que vous puissiez les commenter sans avoir à les retranscrire, je les ai numéroté. Dans la seconde partie, pour les férus d'histoire qui veulent en savoir d'avantage, j'ai reconstitué une biographie sur un visage marquant du soufisme, Halladj. Cet homme fut pour le soufisme ce qu'Antoine Le Grand fut pour nos pères du désert. Si l'on veut résumer le soufisme en une phrase, je crois que la formule de Junayd (mort en 910) est la plus appropriée : Le soufisme, c'est que Dieu te fasse mourir à toi-même afin de te ressusciter en lui. Très proche de nos mystiques chrétiennes, en particulier celle de maître Eckhart.



Rûmi (1210-1273)

1- Ta tâche n'est pas de chercher l'amour, mais simplement de chercher et trouver tous les obstacles que tu as construits contre l'amour.

2- Toute rose est proie de l'hiver.

3- Le feu n'a plus de fumé lorsqu'il est devenu flamme

4- L'homme est un livre, en lui toutes choses sont écrites, mais ses opacités ne lui permettent pas de voir ce qu'il sait.

5- Purifie-toi des attributs du moi, afin de pouvoir contempler ta propre essence pure et contemple dans ton propre cour toutes les sciences des prophètes, sans livres, sans professeurs, sans maîtres.

6- Recherche le royaume de l'amour car ce royaume te fera échapper à l'ange de la mort.

7- Ici, l'entendement devient silencieux et le reflet de chaque image brille éternellement à partir du cour. Ceux qui ont poli leur cour contemplent sans cesse la beauté à chaque instant.



Kalabadhi (mort en 995)

1- L'amour est de deux sortes : l'amour de confession qui est aussi bien celui des privilégiés que celui du vulgaire, et l'amour d'extase au sens d'obtention, et il n'est plus en cette amour aucune vue de soi ni du créé, aucune vue des causes secondes et des conditions, mais totale absorption dans la seule vue de ce qui est pour Dieu et vient de Dieu.

2- « Remémore-toi ton Seigneur quand tu auras oublié » (Coran 18, 24) Cela signifie, commente Kalabadhi : « Lorsque tu as oublié tout autre que Dieu, tu te souviendras de Dieu »

3- Le tajrid (état spirituel), c'est ne posséder rien. Le tafrid (état spirituel supérieur au tajrid), c'est n'être possédé par rien.



Ibn el Arabi (1165-1240)

1- Personne ne Le comprend sauf Lui-même. Personne ne Le connaît, sauf Lui-même. Il se connaît par Lui-même. Autre que Lui ne peut Le comprendre. Son impénétrable voile est son existence même. Et à son voile de lumière, nul chemin n'y accède. Qui ne devient pas lui-même lumière ne le verra jamais de toute éternité.

2- Il est prairie pour les gazelles, couvent pour les moines, temple pour les idoles, Mecque pour les pèlerins, tablette de la Torah et livre du Coran. Je suis la religion de l'amour, partout où se dirigent ses montures. L'amour est ma religion et ma foi. 3- Quand tu te couche n'aie dans ton cour rien de mauvais à l'égard de qui que ce soit, ni rancune, ni haine.

4- L'homme supérieur est celui qui se fuit soi-même pour obtenir la compagnie de son seigneur.

5- Prie pour le bien de celui qui a été injuste envers toi, car celui-ci t'a préparé du bien pour ta vie future : si tu pouvais voir ce qu'il en est réellement, tu te rendrais compte que l'injuste t'a fait vraiment du bien pour la vie future. Alors, la récompense du bienfait ne doit être que le bienfait (cf. Coran 55,60) (prie donc pour le bien de celui qui t'a réservé un bien); du reste, le bienfait dans la vie future est permanent. Ne perd pas de vue cet aspect des choses, et ne sois pas trompé par le fait des dommages qui te résultent ici-bas par l'injustice dont tu es l'objet : il faut considérer cet inconvénient comme le médicament désagréable que doit absorber le malade parce que celui-ci sait quelle utilité il en tirera finalement. L'injustice joue un rôle équivalent : prie donc pour qu'il ait tout bien!



Hujwiri (?)

1- Quiconque aime quoi que ce soit d'autre que Dieu est ignorant de lui-même, celui qui se connaît lui-même connaît son seigneur à qui il s'unit.



Ghazzali (1058-1111)

1- Puis il en vient au point d'effacer la trace du mot sur la langue, et il trouve son cour continuellement appliqué au Dhikr (pratique soufi). Il persévère assidûment jusqu'à ce qu'il en arrive à effacer de son cour l'image de la locution, des lettres et de la forme du mot, et que le sens du mot demeure seul en son cour, présent en lui, comme joint à lui, et ne le quittant pas.

2- Sache que les soufis ont une préférence pour les sciences reçues par voie d'inspiration, à l'exclusion de celles acquises par l'étude. Ainsi ne désirent-ils ni étudier la science, ni apprendre tout ce que les auteurs ont composé, ni scruter les doctrines et les preuves apportées. Ils disent au contraire : La voie consiste à préférer le combat spirituel, à faire disparaître les défauts, à couper tous les liens, et à s'approcher de Dieu très haut par une parfaite application spirituelle. Et chaque fois qu'il en est ainsi, c'est Lui, Dieu, qui se tourne vers le cour de son serviteur, et lui garantit l'illumination par les lumières de la science.

3- Il y a un voile qui s'interpose entre le miroir du cour et la tablette gardée sur laquelle est gravé tout ce que Dieu a dévoilé jusqu'au jour de la résurrection. Les réalités des connaissances s'irradient du miroir de la tablette sur le miroir du cour, comme l'image produite sur un miroir s'imprimerait sur un autre placé devant lui. Le voile qui est entre les deux miroirs est tantôt écarté par la main, tantôt par les souffles des vents qui l'agitent. Ainsi soufflent parfois les vents des grâces : les voiles alors sont levés de devant les yeux du cour, et quelques-unes des choses tracées sur la tablette s'irradient en lui. Cela se produit de temps à autre dans le sommeil, et l'on sait par ce moyen ce qui arrivera dans l'avenir. Quant au complet enlèvement du voile, ce sera le fait de la mort où est ôté ce qui cache la réalité des choses. Mais il arrive aussi que le voile soit écarté pendant l'état de veille, au point d'être soulevé par une grâce cachée de Dieu très haut, et quelque chose alors des merveilles de la science luit dans les cours de derrière le voile du mystère : C'est parfois comme l'éclair rapide, d'autre fois une succession, mais limitée, et il est excessivement rare que cet état se prolonge.

4- Alors, si la volonté est sincère, son effort spirituel pur, et sa persévérance parfaite, s'il n'a pas été entraîné en sens contraire par ses passions, ni préoccupé par l'inquiétude de ces attaches au monde, les lueurs de la vérité brilleront en son cour. Ce sera au début comme l'éclair rapide qui ne demeure pas, puis qui revient mais tarde parfois. S'il revient, tantôt il demeure, et tantôt il ne fait que passer. S'il demeure tantôt sa présence se prolonge et tantôt elle ne se prolonge pas. Et tantôt des illuminations semblables à la première apparaissent, se succédant les unes les autres; tantôt tout se réduit à un seul mode. Les demeures des saints sont innombrables, de même que sont innombrables les différences entre leurs naturels et leurs caractères.



Basrî (?)

1- Sois avec ce monde comme si tu n'y avais jamais été, et avec l'autre comme si tu ne devais plus le quitter.



Alawi (1869-1934)

1- Si tu pouvais voir où je suis dans la toute sainte présence, tu me verrais seul, et nul autre. Mais la vérité d'un voile m'a vêtu, et tes regards ne peuvent pas m'atteindre. Tu me vois, sans me voir, d'un regard négligent. Aiguise l'oil de ta foi et regarde par un acte de pure vision. Si ta foi devient certitude, il se peut que tu me découvres.

2- Le chercheur de Vérité meurt avant sa mort pour vivre en son seigneur, puisque après cette mort se fait la migration suprême. À rendre compte il s'appelle lui-même avant d'y être appelé.

3- As-tu perçu l'appel de Celui qui appelle? À son ordre t'es-tu levé? As-tu retiré tes sandales comme ceux qui sont imprégnés de la courtoisie de la voie? L'infini s'est-il refermé autour de toi de toutes parts? Et venu l'instant de l'union, d'un seul élan t'es-tu précipité?

4- Sois tourné vers Dieu, accueillant avec satisfaction tout ce qui te vient de Lui. Ne te préoccupe de rien, mais laisse toute chose s'occuper de toi; pour ta part, occupe-toi de proclamer l'infini en disant qu'il n'y a pas de Dieu, si ce n'est Dieu.

5- Tu t'évanouis dès que l'infini apparaît. Parce que tu n'a jamais été, car tu es, mais non toi, tu subsistes, mais non comme toi-même. Il n'est puissance que de Dieu.


Je trouve leurs enseignements très près des nôtres. Par exemple, en écrivant la citation #1 de Kalabadhi, j'entendais en sourdine celle de Saint Augustin (354-430) qui disait : Deux amours ont bâti deux cités. L'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu, la cité terrestre. L'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi, la cité céleste. L'une se glorifie en soi-même, l'autre dans le Seigneur. Faire des reliefs devient intéressant. N'hésitez pas à les commenter sur le forum si quelques-uns vous inspirent.

La partie qui suit est plus historique. Pour les curieux qui aiment l'histoire, j'ai reconstitué une petite biographie de Halladj, un martyre qui deviendra un pôle spirituel pour les soufis. Afin quelle soit plutôt brève et directe, J'ai retranscrit un bout ici de ce livre là, un bout là de ce livre ci, bref, presque toute l'histoire devrait être entre « ». Je laisserai les sources à la fin.



Deuxième partie

Halladj
(857-922 Ap-Jc)



Son histoire

Hallâj est sans doute l'un des plus célèbres mystiques de tous les temps pour le monde islamique, bien qu'il soit presque totalement inconnu par la majorité et notamment en occident. Hallâj est né en 857 ap-jc à Tûr. Une petite localité près de la ville Al-Baïtha, centre très arabisé de la province de Perside. Il reçut une éducation coranique en langue arabe. À 20 ans, il reçut l'habit monastique de soufis. Installé à Bassorah, il se marie et eu quatre enfants. À son premier pèlerinage à la Mecque, il fit le vou de rester un an auprès du temple, en jeûne et en silence perpétuel. Il expérimenta sa voie personnelle d'union à Dieu. De retour, il renonça à la tunique des soufis et à leur discipline de l'arcane pour parler et prêcher publiquement. (La discipline de l'arcane consiste à ne pas divulguer de secrets destinés qu'aux initiés.) Ce début d'apostolat suscita des soupçons et scandalisa les soufis. Malgré l'hostilité des théologiens rationalistes shiites qui l'accusèrent de faux miracles et excitèrent la foule contre lui, certaines personnalités influentes, dont des vizirs, devinrent ses élèves.

Halladj dut cependant quitter l'Irak et commença les longs voyages qui le menèrent au Khurâsân (Iran oriental), en Inde et jusqu'en Turkestan chinois. Au-delà des musulmans, il y connut hindous, bouddhistes, chrétiens nestoriens, juifs et manichéens. Au bout de cinq ans, il revient s'installer à Bagdad. Revenu en Irak, il commence à tenir des discours surprenants qui provoqueront une grande émotion populaire. Il prêchait avec une exaltation croissante, qui impressionna le peuple et ébranla les milieux lettrés. On dit qu'il multipliait les miracles en se proclamant uni à Dieu. « Mon esprit s'est emmêlé avec Son Esprit.comme le vin avec de l'eau pure. » déclare Hallâj qui veut faire connaître Dieu à travers sa passion et montrer qu'on ne peut en goûter la divine réalité qu'en passant outre les limites des croyances et des rites. Pour lui, la vie spirituelle ne peut avoir pour but que l'union au Divin, ce qui implique de renoncer à tout ce qui n'est pas Lui. « Lorsque Dieu prend un cour, il le vide de ce qui n'est pas Lui. » affirme t'il. Pour s'être proclamé uni à Dieu et pour avoir déclaré : « Je suis la vérité, mon -je- c'est Dieu. » Halladj fut arrêté et emprisonné. Son interminable procès, qui dura neuf ans, commence alors. À la cour califale, le juriste Ibn Dâwûd réclame sa mort.



Le procès

Le procès vacille au milieu de nombreux mouvements de réforme morale et politique. Il prend un tournant en 913, alors que le nouveau Vizir Îsâ, cousin d'un adepte Hallajien, fait avorter le procès et remet Hallaj à la compétence du Cadi. Celui-ci le fait emprisonner. Suite à l'influence du vizir et de la reine mère qui lui était favorables, Hallaj est autorisé à prêcher aux détenus de droit commun. Il restera enfermé durant les neuf années que son procès dura. En 915, il guérit le calife d'une maladie grave et, quelque temps plus tard, ressuscita le perroquet mort du prince héritier. Alors que les théologiens mutazilites dénonçaient son charlatanisme, le vizir Îsâ fut remplacé par un anti-hallâjien (Furât). L'influence de la reine mère empêcha cependant la réouverture du procès.

En 921, le procès est plaidé. La toile de fond du procès est d'abord un conflit entre vizirs où deux tendances shiites semblaient se disputer les finances et la politique du califat Abbasside. D'un côté ceux qui soutienne Hallâj, de l'autre ceux qui veulent sa mort. Le procès agitait ainsi tous les milieux religieux, mystiques, intellectuels et politiques de la capitale. Les soufis se divisèrent et des émeutes éclatèrent dans différents quartiers. Les ennemis de Hallâj le présentèrent comme un dangereux agitateur shiite extrémiste. Appuyant sur le fait que ses long voyages lui donnaient l'allure d'un missionnaire qarmat ou ismaélien et que ses principaux thèmes de méditation étaient blasphématoires. Il fut aussi accusé de faux miracles et de charlatanisme.

Malgré les interventions de la reine mère et du grand chambellan Nasr, Hallaj fut condamné pour blasphème le 25 mars 922. Le cadi prononça : « Il est licite de verser ton sang », approuvé par 24 membres du tribunal canoniste. Le calife Muqtadir, au sortir d'un grand festin et à demi ivre, signa la mise à mort. Ce soir là, des trompettes annoncèrent à toute la cité l'exécution prochaine.



Sa mort

Le lendemain, le 26 mars 922, lors de l'exécution publique, Halladj fut flagellé, amputé de certains membres, crucifié et exhibé encore vivant sur un gibet. Tandis que des émeutiers incendiaient des quartiers entiers de la ville, amis et adversaires l'interpellaient sur son gibet et diverses sources restituent ses réponses. La mise à mort fut reportée au lendemain. Durand la nuit, des récits merveilleux se propagèrent. Le matin du 27 mars 922, la tête de Halladj fut tranchée. Son corps fut brûlé et ces cendres jetées dans le Tigre. Sa Tête fut envoyée en Khurasan pour être mise en terre. Voici un extrait du Akhbâr al-Hallâj, qui restitue les paroles de Halladj dans ses derniers moments.

« Mon Dieu! Tu apparais de tous côtés mais ne dépends d'aucun côté.(.) Accorde moi de Te remercier de cette faveur que tu m'as faite, ayant privé les autres de ta face et interdit à tout autre de fixer le regard, comme tu me l'as permis, sur les abîmes de ton mystère. Or tes serviteurs se sont réunis pour me tuer, par zèle pour ta religion et par volonté de se rapprocher de toi. Pardonne-leur! Car, si tu leur avais dévoilé ce que tu m'as dévoilé, ils n'eussent pas agi comme ils ont agi. Et si tu avais dérobé à mes visions ce que tu as dérobé aux leurs, je ne subirais point l'épreuve que je subis. Gloire à toi pour ce que tu as fait et gloire à toi pour ce que tu décides. » Puis il se tut et se mit à converser doucement avec Dieu. Et il récita : « Tuez-moi, mes amis, car dans mon meurtre se trouve ma vie. Ma mort, c'est de survivre et ma vie c'est de mourir. » À ce moment, s'approcha de lui Abû l-Hârith, le bourreau. Il lui porta un coup qui lui taillada le nez. Le sang se mit à couler sur ses cheveux blancs. Shiblî (un disciple) poussa un grand cri et déchira sa robe, tandis que Wâsitî et un groupe d'ascètes tombaient sans connaissance. Une émeute faillit éclater au pied du gibet. Ce fut alors que les gardes firent ce qu'ils firent. »

Si l'homme peut apprendre de ses différences, en ce qui unit plutôt qu'en ce qui sépare, il arriverait plus facilement à « élever son esprit par delà ses limites » comme le disent ces belles paroles de Pascal qui sont, selon moi, pleinement méritées de la part de Halladj, même si ce dernier n'opérait pas sous l'étendard du christianisme.

« Jamais ne meurent ceux qui sont venus à la suite du Christ élever l'humanité, et qui logés au fin fond de notre être, nous aident à élever notre esprit par delà nos limites jusqu'à ce nous soyons unis au divin. au point de n'être plus que sa manifestation. »

- Pascal



Son enseignement

Son enseignement tient en un seul mot : L'Amour, L'Amour divin, brûlant, jusqu'à la folie, jusqu'à l'union, jusqu'au blasphème. À ceux qui réclamaient sa mort en le qualifiant de blasphémateur, Halladj avait le courage de rétorquer : « Le blasphème est la prière de l'amant !» Durant les années passées en prison, Hallaj parvient à laisser quelques écrits. Deux des plus importants écrits de Halladj sont sa méditation audacieuse sur le cas de Satan, et le traité sur l'ascension céleste du Prophète s'arrêtant au seuil de la réalité essentielle divine. Ces écrits refusaient, d'une part, la condamnation de Satan et suggéraient, d'autre part, un dépassement de l'expérience spirituelle de Muhammad par une totale union d'amour entre l'homme et Dieu. Voici, en terminant, quelques enseignements et poème de Halladj que j'ai trouvés.

1- « Ôte tes sandales! En vérité, tu es dans la vallée du Tuwa. » (Coran 20.12) Commentaires de Halladj : « Or la réalité est réalité, et la nature est créée. Rejette donc loin de toi la nature créée, pour que toi tu deviennes lui, et lui toi, dans la réalité. »

2- Unifie moi, ô mon unique. En me faisant confesser que Dieu est un. Par un acte où aucun chemin ne serve de route! Je suis vérité en puissance, puisque la vérité en acte est son propre potentiel. Que notre séparation ne soit plus!

3- L'aspect apparent des êtres créés est connaissable de soi, car l'intelligence a prise sur lui, mais la vérité suprême est trop puissante pour céder à l'emprise des intelligences sur elle, et c'est Dieu même qui nous fait connaître qu'il est notre seigneur (.) Il se tient éloigné des intelligences, et est infiniment élevé au-dessus de toute atteinte.

4- Où donc est Ton essence, hors de moi, pour que j'y voie clair? Mais déjà mon essence s'élucide, au point qu'elle n'a plus de lieu.

5- Je suis devenu Celui que j'aime, et Celui que j'aime est devenu moi! Nous sommes deux esprits, infondus en un seul corps!

6- Celui qui ayant soif de Dieu, prend sa raison pour guide, elle le mène paître dans une perplexité où elle le laisse s'agiter. Ses états de conscience s'y fanent dans l'équivoque, et il se dit perplexe : Existe-t-il?

7- Retiens de ma parole ce que ta connaissance peut en prendre et laisse le reste, sinon tu perdras ton chemin.

8- Entre Toi et moi, il y a un « c'est moi » qui me tourmente. Ah! Enlève par ton « c'est Moi », mon « c'est moi » hors d'entre nous deux.

-9-
Quelle terre est vide de Toi
Pour qu'on s'élance à te chercher au ciel?
Tu les vois qui te regardent
Mais aveugles ils ne t'aperçoivent pas.
Avec l'oeil du savoir, mon regard indiqua
Le pur secret de ma méditation.
Une lueur insaisissable apparut dans ma conscience
Et Je fendis le tumulte de la mer de ma pensée.
La traversant comme une flèche;
Mon cour s'envola avec les plumes de ma nostalgie
Vers celui que, me questionne-t-on sur Lui,
J'indique par un symbole mais que je ne nomme pas
Jusqu'à ce qu'ayant dépassé toute limite
Errant dans les déserts de la proximité
Je regardai des points d'eau et je n'y vis rien
Qui dépassât les limites de mon image.
Alors docile, je vins à Lui.
Et dans la proximité,
La vision de moi s'absenta de moi,
Tant que j'oubliai mon nom.




Sources bibliographiques :
- Le livre des sagesses. Ed. Bayard 2002
- Les maîtres spirituels. Ed. Bordas 1988
- Nombreux sites Internet




Veuillez noter que l'opinion exprimée dans ce texte n'engage que l'auteur. La Fondation Giguère n'endosse pas nécessairement ces propos.



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