Clavardez avec nous !


Octobre 2012
Réagis maudit mortel!


Michel René -

Pourquoi avons-nous parfois le sentiment que tout ce que nous faisons, tout ce que nous entreprenons dans notre brève vie, ne servira peut-être à rien? Que ce que nous faisons, de bon ou de mauvais, de beau ou de laid, de grand ou de petit, n’est que comédie pour passer le temps, pour attendre notre tour dans la grande illusion d’un au-delà dont nous sommes incertains? L’humain a-t-il inventé la foi pour briser cette illusion, pour pallier l’insécurité d’être ici aujourd’hui et de savoir que demain nous n’y serons plus? Bien heureux les croyants, le royaume des cieux est à eux. Et cela s’appelle l’espérance. Mais que reste-t-il à ceux qui n’ont pas la foi? C’est le sort de ceux-là dont je veux vous entretenir dans cet article.

         Pour les vrais croyants, Dieu existe. Ils ont leurs réponses. Un feu spirituel les tient au chaud. Parmi les autres, plusieurs s’en arrangent, ils laissent une porte ouverte sur une possibilité sans trop s’en préoccuper. Ce sont les tièdes. Mais il y a aussi les froids, les durs, les incroyants. Ceux pour qui il est impossible qu’un Dieu créateur ait tout conçu, y compris l’humain. Ceux qui pensent que nous sommes un accident, un hasard de la nature, un aboutissement normal de l’évolution biologique, atomique. Que l’univers, à l’image de ce que le petit catéchisme prêtait à Dieu, soit de tout temps, sans début ni fin. Souvenez-vous : Dieu est partout, il n’a eu ni commencement et n’aura jamais de fin. L’univers est-il ce Dieu des non-croyants? Certains le nomment énergie. Un moteur qui aurait toujours été là dans l’univers et qui nous propulse vers un ailleurs au-delà de notre durée.

         Être ou ne pas être? Se questionnait Hamlet un crâne à la main. André Malraux écrivait : « Le grand mystère n’est pas que nous soyons jetés au hasard sur la terre, c’est que de cette prison nous puissions tirer de nous-mêmes des images assez puissantes pour nier notre néant. » Être ou ne pas être? Ne sommes-nous pas pris entre ces deux réalités? Réalité de l’être que nous éprouvons au plus profond de nous-mêmes, en même temps que réalité du non-être dont, comme le disait l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, « l’intuition accompagne indissolublement l’autre puisqu’il nous incombe de vivre, et de lutter, de penser et de croire, garder surtout courage, sans que jamais nous quitte la certitude adverse que nous n’étions pas présents autrefois sur la terre et que nous ne le serons pas toujours, et qu’avec notre disparition inéluctable de la surface d’une planète elle aussi vouée à la mort, nos labeurs, nos peines, nos joies, nos espoirs et nos œuvres deviendront comme s’ils n’avaient pas existé, nulle conscience n’étant plus là pour préserver fût-ce le souvenir de ces mouvements éphémères. »

         Cette finalité n’est-elle pas inconsciente dans toutes nos décisions, dans toutes nos réalisations? Est-ce la raison pour laquelle tout ce que nous entreprenons n’est qu’illusoire? Que le fait que nous ne serons pas toujours amenuise nos actions et les conséquences de ces dernières? Qu’on se dise : « après tout, je ne serai pas là pour voir ça! »

         Vous arrive-t-il d’entendre parfois une petite voix qui vous dit que vous gaspillez votre vie? Vous n’avez jamais envie de faire autre chose que ce que vous faites depuis que vous vous êtes lancé dans le monde adulte? Avez-vous le sentiment d’être parvenu à vos véritables fins? D’avoir vraiment utilisé tous les outils dont la vie vous a muni? De cheminer vers une fin qui arrivera inéluctablement sans que vous ayez posé votre pierre à l’édifice de l’humanité?

         Est-ce notre condition de mortel qui nous empêche de voir plus loin que le bout de notre nez? Notre vie est une mécanique sans marche arrière. Les chemins parcourus se perdent dans les géométries effacées. Nous nous devons d’avancer. Et pourtant, combien d’entre nous restent sur place de peur de perdre le nord? Ma petite voix me dit parfois : réagis maudit mortel. Mais aussitôt entendu, aussitôt confondu! Je tais cette voix qui me mènerait là où je ne veux pas aller, là où j’ai peur d’aller. Et pourtant, là où je devrais aller. Mais où est-ce?

Des commentaires ? Réagissez en cliquant ici.


Veuillez noter que l'opinion exprimée dans ce texte n'engage que l'auteur. La Fondation Giguère n'endosse pas nécessairement ces propos.



Accueil_A propos_Produits_Entrevues_Philosophie_Michel René_Clifford Cogger_Pensées_Prières_Textes_C@rtes virtuelles_Clavardage_Liens_Contact

2001-2012, Fondation Giguère.
Version 3.0.