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Les imbéciles se portent bien

Michel René - Ne vous est-il jamais arrivé de penser qu'être un peu plus imbécile vous ferait du bien? Ne plus penser, agir sous l'impulsion, n'agir qu'en fonction de vous. Faire comme si les autres n'existaient pas. Prendre, vous servir. N'avoir aucune conscience des conséquences de vos actes. Vous balancer des qu'en-dira-t-on. Indifférents aux réactions des autres. Quel bonheur!

Le bonheur d'être imbécile. Finies les responsabilités. Finies les inquiétudes. Finis les questionnements et les retours sur soi. Aucune raison de s'en faire. De nouveau se sentir comme un bébé bouche bée dans les bras de Félicité. Planer, se sustenter, s'étendre, se reposer, digérer, rêver et recommencer. Planer, se sustenter, s'étendre, se reposer, digérer, rêver et recommencer. À jamais. Sans attente., et pourtant, attendre. Attendre quoi? Que la vie passe sans se faire mal? Que la mort vienne avant le mal? Pour vivre sa mort avant de mourir? N'avez-vous pas l'impression de reconnaître quelqu'un? Heureusement qu'ils ne constituent pas la majorité. Dans quelle anarchie évoluerions-nous?

C'est sûr que ça fait parfois du bien d'être léger, insouciant, de manifester même de l'indifférence vis-à-vis certaines personnes ou certains événements. C'est sûr que ça fait du bien de décrocher. Ça constitue un juste équilibre nécessaire à notre santé physique et mentale. C'est parfois un nécessaire recul pour mieux nous réintégrer à la vie en société. Car, ne l'oublions pas, nous vivons en société. Ce qui plus est, nous avons besoin de la société comme elle a besoin de nous. Ne nous leurrons pas en pensant que nous pouvons nous y soustraire. Aucun être humain ne peut se satisfaire en tout. Nous sommes tous dépendants, interdépendants. Nous nous devons de participer à l'échange, nous nous devons de participer à l'amélioration de notre environnement, de notre bien-être collectif, à l'édification d'une société meilleure.

Mais, je suis d'accord, tout semble nous échapper. Les problèmes nous dépassent. Nous comprenons que nous allons dans une mauvaise direction, nous nous sentons impuissants, manipulés, abusés. Devons-nous abdiquer pour autant? Je sais, je vous entends déjà dire : « Charité bien ordonnée, commence par soi-même ». Bien entendu! Mais jusqu'à quel point pouvons-nous nous nourrir de notre égoïsme, ne penser qu'en fonction de nous, sans égard aux conséquences à court ou à long terme? Sans penser aux enfants qui suivront, sans penser à notre héritage social. Je vous entends rajouter : « Oui, mais plus ça va, plus on a l'impression que notre société se détériore. Les gros grossissent, les petits rapetissent, le tissu social s'effrite et l'économie mondial est perturbé. » Je vous l'accorde, c'est étourdissant, c'est dérangeant, c'est même effrayant à certains moments. Et c'est particulièrement dans ces moments que nous avons tendance à nous tourner vers nous-mêmes et à ne vouloir penser qu'en fonction de nous. Nous pensons à notre sécurité, nous volons nous protéger, nous voulons en profiter. Alors, nous consommons bêtement, nous nous étourdissons encore plus et, surtout, nous ne voulons plus rien savoir des discours qui risqueraient d'ébranler notre décision, notre démission. Nous nous laissons porter, nous laissons aller, nous nous désengageons. Nous nous « imbécilisons ».

Alors réfléchissons bien, car si nous croyons que les imbéciles se portent bien, pensons que c'est nous qui les portons. Le bonheur existe parce que le malheur y participe et bien piètre bonheur qu'un bonheur sans partage et sans responsabilités!



Veuillez noter que l'opinion exprimée dans ce texte n'engage que l'auteur. La Fondation Giguère n'endosse pas nécessairement ces propos.



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