Clavardez avec nous !


j a n v i e r    2 0 0 6
Approchez-vous,
j'ai quelque chose à vous dire à l'oreille


Michel René - Si j'avais un souhait à formuler à l'humanité, en ce début d'année 2006, ce serait celui de retrouver le bon usage de nos oreilles. Trop de bruits, trop de moteurs, trop de cris de douleurs. Trop fort le MP3 dans les oreilles du jeune, trop fort le cinéma maison dans le salon du voisin, trop violents les propos du père à son enfant. Trop d'informations, trop de distractions auditives, trop de paroles en l'air, trop de manipulations verbales, trop de mots vides de sens. Trop étourdis que nous sommes dans le brouillamini de l'existence.

Imaginons un monde où, tout à coup, nous n'entendrions plus rien. Subitement, le grand silence! Et du même coup le grand mutisme, car à quoi servirait de dire dans ce silence absolu? Ne serions-nous pas désemparés? Inutile de demander ce qui se passe, personne n'entendrait. En revanche, tout le monde se questionnerait. Soudainement plongés dans une incroyable insécurité, nous serions en panique. Une de nos cinq fonctions sensitives viendrait de disparaître et nous en saisirions brusquement toute l'ampleur, tout le drame. Ce serait comme rouler sur une route sans accotement, sans signalisation, en plein désert d'asphalte. Ce serait comme voguer sur une mer sans eau, la quille au sec dans les profondeurs abyssales, le cour renversé sur les vagues sèches de l'incompréhension, de la peur et de la stupéfaction.

Nous rentrerions chacun chez nous et nous n'aurions que nos pensées pour nous parler. Bien sûr, il y aurait toutes sortes de manifestations de la part de chacun. L'étonnement prolongé dans bien des cas, la crise de nerfs pour certains, la désorientation totale pour d'autres, le « pourquoi ça m'arrive » du défaitiste, le « c'est parfait » de l'indifférent, le « y-a-t-il quelque chose à faire » de l'optimiste et le « que signifie tout cela? » du philosophe.

Plus d'intrusions malveillantes de la part du téléphone, de la radio, de la télévision. Finis la surinformation, l'inutile et le scandaleux. Petit à petit, sans interaction de l'extérieur, laissés seuls à nous-mêmes, une nouvelle communication s'établirait avec notre intérieur. Et c'est là que nous constaterions que nos silences parlent plus fort que tous mots et bruits confondus. Nous irions jusqu'à sentir la vibration que fait notre respiration, alors que nous ne savons presque plus respirer. Nous aurions à tout réapprendre en silence. Quel face à face avec soi-même!

Et que dire du face à face avec les autres? Nous aurions à réapprendre la communication. Une nouvelle socialisation s'édifierait. Imaginez. devoir communiquer en silence nos besoins, nos urgences, nos plaisirs et nos sentiments. Devoir répondre aux besoins, aux urgences, aux plaisirs et aux sentiments des autres. Il nous faudrait une toute nouvelle approche. L'indifférence que couvre habituellement le bruit ferait place à une nouvelle perception de l'autre. Il nous faudrait d'abord attirer son attention par la gestuelle, le visuel. Il nous faudrait toucher et regarder. Il nous faudrait sentir et goûter. Et, comment faire pour manifester notre appréciation sur les bonnes ou moins bonnes choses de la vie si ce n'est que par l'expression corporelle qui parfois pourrait amener à rire un peu plus de nous et. un peu plus gentiment de l'autre.

Naîtraient ainsi un nouvel humour, une nouvelle compréhension, un nouveau bonheur, un nouvel amour. Puis, lentement, très lentement, nous pourrions recouvrer l'audition, mais nous n'entendrions plus jamais de la même façon. Nous écouterions.

Approchez-vous, j'ai quelque chose à vous dire à l'oreille : Bonne année 2006!



Veuillez noter que l'opinion exprimée dans ce texte n'engage que l'auteur. La Fondation Giguère n'endosse pas nécessairement ces propos.



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