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Evans Émond
« Un gars qui se voulait sans histoire, et pourtant... »


Michel René - Evans Émond envisageait sa vie de façon très traditionnelle. Il aurait un boulot, se marierait, aurait des enfants, une maison et tout le traintrain habituel de la petite famille sans histoire. Grand timide, il se débrouillait tout de même très bien. Il avait complété son secondaire à la formation aux adultes et travaillait maintenant depuis trois ans, se sachant très apprécié de ses patrons. Grand sportif, aimant chasse et pêche et motoneige, il souriait à la vie et son avenir semblait modestement assuré. Mais la vie lui réservait bien des surprises.

En 1992, alors qu'il n'avait que dix-neuf ans, un peu trop éméché pour conduire son auto à la sortie d'un mariage, il donne ses clefs à un ami. Mais le jeune ami conduisait trop vite. Il a fait une fausse manouvre et l'auto a capoté. Assis derrière, sans ceinture, Evans a été éjecté et l'auto s'est trouvée à passer sur lui. Un policier lui aura épargné la mort en lui retirant des caillots de sang dans la gorge. Dos brisé, cage thoracique enfoncée, on devra en plus l'opéré au cour et aux poumons. Il s'en sortira en y laissant ses deux jambes, paralysé à partir du dessous de la poitrine.

Mais lui, vite conscient de ce qu'il lui était arrivé, ne croyait pas qu'il s'en sortirait. Il était sûr de mourir. On lui donnait 25 % de chance de survie. Ses parents l'ont veillé jour et nuit pendant trois mois. De même, il sera reconnaissant à un docteur et une infirmière de l'avoir si bien traité, si bien aidé. Ils les considèrent maintenant comme des amis. Comme quoi, avoue-t-il, on rencontre toujours quelqu'un sur notre route pour nous remonter.

Aux trois premiers mois à l'hôpital, succédèrent trois autres mois au Centre de réadaptation François Charron. Il commence à comprendre qu'il va vivre, mais n'envisage pas sa vie en dehors des hôpitaux et des centres de réadaptation. Il fut donc très surpris d'apprendre qu'il pouvait sortir. Sa condition physique le tint couché chez lui, à Hébertville, pendant six mois. Un jour toutefois, il risque une sortie et ça le frappe. il peut vivre lui aussi. Il reprend graduellement goût à la vie, s'achète une auto (adaptée à son handicap) et découvre une grande liberté.

Il reprend ses études. Un an en informatique au cégep le laissera amer et morose. Puis, avec l'aide d'un orienteur, il s'engage dans un cours de trois ans en graphisme, mais il n'aime pas beaucoup. Le goût de repartir à neuf l'amène vivre à Québec où il s'organise sobrement une vie à sa mesure, apprivoisant sa solitude, se découvrant une force de vivre incroyable, ne sachant d'ailleurs d'où elle vient. Toutefois, pas une journée ne se passe sans souffrance.

Qu'à cela ne tienne, Evans est toujours de bonne humeur et toujours positif. Il aime la vie. Il pense même qu'un jour, il rencontrera une femme qui saura l'aimer, saura l'accompagner dans cette vie qu'il trouve belle malgré tout.

Il ne garde aucune rancour et demeure sans reproche envers son ami qui conduisait. Il n'aime pas d'ailleurs les gens qui se plaignent et étrangement, paradoxalement, les «plaignards » pensent qu'ils peuvent geindre en sa présence, qu'ils seront mieux compris. Mais, pour lui, nous n'avons qu'une vie à vivre. Nous devrions cesser de nous plaindre, et en profiter au maximum.

Propos recueillis par Richard Giguère de la Fondation Giguère.




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