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Réjean Lehouiller
« Rencontre fortuite... »


Michel René - Un ancien détenu, sans feu ni lieu, rencontré au hasard des rues propose, pour gagner sa vie, un recueil de poèmes d'une dizaine de pages brochées. C'est un cri du cour contre la vie, une sonnette d'alarme pour sa survie et un paquet d'espoir mal dissimulé. En voici quelques extraits.

Préface : « J'intitule ce recueil : une saison en prison. Attendu que j'y ai subi 25 saisons, 72 mois, 2372 jours et je ne compte pas les minutes, même si chacune d'elles fut comme le supplice de la goutte d'eau qui t'enveloppe comme une deuxième peau. Seule la mort peut, en définitive, annuler cette immense douleur morale que la vie m'a laissée en héritage. C'est pour cette raison, qu'aujourd'hui, je ne maudis pas la vie, je la hais. [.]
« Aujourd'hui, après cinq ans de liberté, je ne me suis jamais senti aussi enchaîné par les chaînes de vie. Quelquefois, quand j'ai des dollars, je m'évade en ingurgitant autant d'alcool que mes sous peuvent me procurer. Pauvre consolation qui ne dure que le temps d'une soûlerie. Et la vie m'entraîne dans l'ennui, sa fille chérie encore plus ignoble que la mère.
« On dirait que je porte en mon cour tous les malheurs du monde, alors que les miens me suffisent amplement. [.] Ce doit être mon côté masochiste qui me fait fuir le bonheur et courir après le malheur. Celui que je construis, que j'édifie le plus haut possible, le plus mal possible. et je glisse sous les fondations. Puis, j'enlève une brique et tout tombe sur mon cour en un fracas épouvantable. Pendant des jours, mon cour cri d'une façon lamentable. »

Moi : « En moi sommeille une foule de gens. Tantôt l'ivrogne quand il a de l'argent, tantôt l'artiste quand il est triste, tantôt le voleur qui me fait peur. Et tout tourne, tourne, en un éternel manège. »

Détresse : « Le cri de ma détresse s'échappe de mon âme. Retenu par faiblesse des jours passés, infâmes. »

Pourquoi. : « Pour me poignarder de mes erreurs passées. Pour m'étrangler avec mon avenir. Je fuis la vie, comme les gens. Je fuis l'amour, comme la haine.
« La mort, de son doigt osseux, s'éloigne de ma vie avec dédain et dégoût, étant indigne d'un repos éternel.
« Je pourrais, le vouloir, déraciner de mon cour cette vie qui me fait peur. Une fois déjà, j'ai tenté ce bonheur, mais la mort a fui, heureuse qu'elle est de m'en voir davantage souffrir. »

À Maud (Poème à sa fille) : « Très chère Maud, source de ma vie. Comment tu peux m'être chère, je ne saurais dire, tu es l'être le plus cher que j'ai sur cette terre. Tu es mon souvenir le plus doux et le plus amer. Le plus doux parce que tu existes, le plus amer parce que tu es loin de moi.
« Je me répète en écrivant que pas un jour, pas un seul, ne s'écoule sans que je pense à toi ma fille chérie. Tu es, après Dieu, celle à qui je pense le plus. Le reste n'est que solitude, angoisse, toutes sortes de mauvaises pensées, vite oubliées. Tu fais partie de mes plus beaux rêves. Entendu que quand je rêve d'avenir, les yeux grands ouverts, tu es là, chère Maud. Car aucun rêve ne peut être imaginable sans toi, ma fille chérie.
« Mes rêves s'évanouissent et je tombe dans triste solitude. Priant Dieu de changer ma morne existence, me redonner courage de vivre, d'aimer et d'être aimé. Sans amour, l'on n'est rien. Même si j'avais tous les trésors du monde, sans amour l'on n'est rien.
« Dieu, un jour j'en suis certain, va changer ma vie. »

Ces textes sont signés Réjean Lehouiller, ont été assemblés par Michel René et ont été recueillis par Richard Giguère de la Fondation Giguère.




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